La plasticienne aux thèmes écoféministes s’empare du musée parisien.
Plasticienne, poète, sculptrice, vidéaste, performeuse… Otobong Nkanga est de ces artistes protéiformes difficiles à classer. Son œuvre évoque des sujets sociaux et environnementaux, à la fois intimes et politiques : le territoire, la nature, le corps, la mémoire. Rendez-vous au Musée d’artwork moderne de Paris pour y découvrir la première rétrospective monographique parisienne de cette artiste majeure de la scène contemporaine, intitulée « I dreamt of you in colours » (« J’ai rêvé de toi en couleurs »).
À voir aussi sur Konbini
C’est un memento de l’artiste, issu de son adolescence, qui a donné son nom à l’exposition. À 15 ans, alors que la jeune Otobong Nkanga hésite entre l’artwork et l’structure – considérant que la seconde voie lui garantira une plus grande sécurité matérielle – sa mère l’invite à repenser son choix. « Elle m’a dit : ‘J’ai rêvé de toi en couleurs. Tu étais libre parmi les couleurs. Tu évoluais librement à travers elles, à travers ces tissus et toutes ces choses.’ Elle avait le sentiment que l’structure allait m’étrangler. Je me suis assise et j’ai réfléchi à l’endroit où je voulais étudier. Je voulais être loin de ma mère, pour avoir une certaine liberté, mais pas trop loin de chez moi. J’ai pris la décision d’aller à Ife et je me suis inscrite au département des Beaux-Arts », raconte l’artiste à Odile Burluraux et Nicole Schweizer, respectivement conservatrice en chef au MAM et conservatrice artwork contemporain au musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, avec qui est conçue l’exposition.
L’artwork en strates
Née au Nigeria en 1974 avant de s’établir à Anvers en Belgique, Otobong Nkanga a étudié à l’université Obafemi-Awolowo, puis aux Beaux-Arts de Paris, avant de parfaire sa formation en résidence à l’Académie royale des beaux-arts d’Amsterdam (Rijksakademie). Artiste multidisciplinaire créatrice d’une œuvre vibrante et poétique, Nkanga discover les thèmes des ressources, de l’histoire coloniale, du corps féminin, ou encore des liens à la nature. Chargés de mémoire, ses paysages organiques évoquent notamment les enjeux liés à l’exploitation des sols, à l’extraction minière ou des problématiques historiques et économiques en Afrique.
Installations, séries picture, dessins… « I dreamt of you in colors » rassemble des œuvres de l’artiste des années 90 à aujourd’hui et souligne l’évolution protéiforme de son artwork. L’artiste travaille en effet différents médias, methods, mais aussi nombre de matériaux, dont la céramique, l’argile, des fibres et du textile, entre lesquels elle tisse des connexions. L’exposition donne ainsi à voir des pièces emblématiques que l’artiste contemporaine n’a de cesse de complexifier en y ajoutant de nouveaux éléments, comme autant de connexions enchevêtrées, en perpétuelle évolution.

Rencontres avec la matière
Le public peut par exemple découvrir son œuvre majeure From The place I Stand (2015), une set up qui relie des cônes abritant chacun des minéraux aux facettes étincelantes et fracturées, ou encore une œuvre réalisée à partir de 15 000 pains de savon. Incluant des huiles, des plantes ou encore des pierres, les installations de Nkanga sont incontestablement liées au vivant, et posent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses.
Aux conservatrices du MAM et du musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, Otobong Nkanga se remémore : « Il y a un autre memento necessary, l’histoire des pierres de mica : aller à l’école à pied et voir la lumière tomber sur les pierres de mica par terre. Oh mon Dieu, c’était comme de véritables petits trésors ! Je passais mon temps à regarder par terre, à ramasser de petits objets et à voir des choses en lien avec le sol, avec la terre, sans même prendre conscience que le mica était une pierre. Je croyais que c’était tout autre selected, comme un truc extraterrestre. Comme le chatoiement lumineux qu’on voit à la télévision. Ce n’est que bien plus tard, après avoir fait des recherches, que j’ai compris qu’il existait en fait du maquillage au mica et tout un tas d’autres choses. Il y a eu beaucoup d’autres rencontres avec la matière, mais sans que je m’en aperçoive ou sans que cela produise un savoir sur les choses. Pour autant, mon corps, lui, les absorbait déjà et il en prenait connaissance. » Rendez-vous au MaM jusqu’au 22 février prochain pour découvrir ses oeuvres connectées avec le vivant.

L’exposition « Otobong Nkanga, I dreamt of you in colours » est seen jusqu’au 22 février 2026 au Musée d’artwork moderne de Paris.
Konbini, partenaire du Musée d’artwork moderne de Paris.
